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Que se passe-t-il à Aubel le 4 août 1914 ?

Dans le "Journal d'Aubel" du 15 décembre 1919, cet article daté du 4 août 1914 (*):

Aubel, le 4 août 1914.

 

Dès les premières heures, les bourgeois d’Aubel, improvisés terrassiers et scieurs d’arbres, se rendent sur les routes conduisant à la frontière allemande, afin d’y creuser des tranchées et abattre des arbres, travail commencé la veille, au soir, lorsque le sinistre tocsin appelait les hommes à coopérer à la défense du pays.

L’agitation est grande,la population surexcitée est énervée ; elle attend anxieusement l’arrivée des troupes boches, car on annonce qu’elles ont quitté le bois d’Aix ; qu’il en est déjà à la Calamine, qu’elles arrivent à Henri-Chapelle et se dirigent vers Aubel.

On les signale à Gensterbloom ; on les aperçoit à Merckhof, encore quelques minutes elles seront dans la localité. « Les voici, crient quelques personnes, venant du côté de la Krutsken.
En effet, une patrouille de quelques cuirassiers d’abord, arrive place Antoine Ernst. Il était 9 h. 52 Elle est immédiatement suivie d’une dizaine de uhlans, lance au poing, montant de superbes chevaux et commandés par un officier (un ober-lieutenant sans doute, car ils sont tous ober, ces gens-1à) et prennent possession de la place.
Fièrement campé sur son alezan, cet officier, à large carrure, recouvert d’un ample caban gris clair et coiffé du légendaire casque à pointe, est le type classique de l’officier prussien, tel qu’on nous l’a toujours dépeint. D’un œil conquérant, il inspecte la place, range ses hommes autour de la pompe, puis s’adressant au bourgmestre, lui donne l’ordre de faire enlever le drapeau national, qui flotte à la tour de l’église, de même que celui qui se trouve au balcon de l'hôtel-de-ville. Cet ordre est à peine donné, que déjà des soldats veulent enfoncer la porte de l’église, pour aller eux-mêmes accomplir cette triste besogne, et, comme l’église était fermée à ce moment, ils donnent l’ordre, revolver au poing bien entendu, de l’ouvrir, menaçant de tirer sur la tour, si l’on ne va pas rapidement. Car, disaient-ils, partout où passent les troupes du kaiser, il ne peut plus y avoir que le drapeau de l’Empire.

Pendant ce temps, deux de nos concitoyens vont ôter le drapeau tricolore qui, depuis la mobilisation, flottait au haut du clocher. La même opération se fit à l’hôtel-de-ville. Cet enlèvement de notre drapeau a produit sur la population toute entière une triste et pénible impression peut-être la plus pénible dé toute cette période, où elle vécut sous le régime de la terreur teutonne. Un sentiment de révolte se soulevait au fond de l’âme et l’on aurait voulu venger cette insulte faite à l’emblème de notre liberté et de notre indépendance, mais que faire à cette heure ? Il fallait bien se rappeler que la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Les cavaliers boches s’étant rendu compte qu’Aubel était libre, qu’il n’y avait ni soldats belges, ni troupiers français, vont en informer les troupes qui attendaient à l’autre côté de la gare.
Nous voyons alors arriver toute une division d’armée : régiment de cavalerie, régiment d'infanterie, régiment d’artillerie, cyclistes, automobiles, fourgons et tout le reste. Un repos est commandé, tous les soldats se répandent dans la localité, faisant irruption dans les magasins, exigeant des denrées et ne laissant pour ainsi dire rien à la population. Boulangeries, boucheries, charcuteries, furent vidées en quelques instants.

Disons, pour respecter la vérité, qu'à ce moment ce que les boches demandaient, il le payaient. C'était sans doute pour se conformer à la proclamation signée du général von Emmie qui fut distribuée aux habitants et dans laquelle il disait que tout ce qui serait demandé, serait payé en argent ayant cours en Belgique. Dans cette proclamation,il disait aussi que l'Allemagne n’en voulait nullement à la Belgique, qu’elle ne voulait rien d’autre que le libre passage à travers notre pays, afin de se rendre directement en France.

Après une heure de repos, ces troupes continuèrent leur marche sur Liège et vers midi, elles avaient quitté Aubel. L'après-midi, il en arriva de nouvelles, dont nous parlerons une prochaine fois, si cela peut intéresser les fidèles lecteurs
du journal.

J P.

(*) Trois jours après l’entrée des Allemands à Aubel, Joseph Willems reçoit la visite d’un officier allemand qui lui ordonne de faire paraître « Le Journal d’Aubel ». Il s’en va en vociférant à la suite du refus de l’éditeur aubelois. (Claude Fluchard, dans « La presse à Aubel », « Aubel, Un Pays dans l’Histoire 1248-1998 »).

 

 

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